Les ateliers participatifs animés par la Maison de l’urbanisme du Brabant wallon interrogent les besoins et les désirs en matière d’habiter. En 2024, l’accent est mis sur la mobilité résidentielle des ainé·es.

Le vieillissement de la population, enjeu important et bien identifié pour notre territoire, soulève la question de la mobilité résidentielle des aîné·es. Quels sont les facteurs décisifs du choix de rester chez soi ou de déménager vers un lieu plus adapté ?

Des récits résidentiels pour raconter ses choix

En avril et mai 2024, cinq ateliers participatifs destinés à recueillir la parole des 65 ans et plus ont été organisés avec plusieurs groupes : panels citoyens, CCCA (commissions communales consultatives des aîné·es), représentant·es du milieu associatif et le groupe “habitat, personnes vieillissantes” animé par Habitat et Participation.

Des enjeux croisés

Ces ateliers constituaient la première étape de notre démarche : une démarche destinée à écouter, recueillir, informer, former, visiter, raconter et se rencontrer.

Et les enjeux sont nombreux. Partons de quelques constats : une population de 65 ans et plus en croissance, une population amenée à vivre plus longtemps également. Si les 65ans et plus représentent aujourd’hui un cinquième de la population, en 2035, ils devraient correspondre à un quart de la population brabançonne. Autre constat qui nous interpelle : plus de 20 000 grands logements en Brabant wallon sont occupés par des 65 ans et plus. Ils correspondent à de vastes espaces à entretenir à des âges où cette tâche peut devenir un fardeau. C’est aussi parfois une incapacité financière de rénover le logement qui est la cause d’un bâti qui se renouvelle peu. Qu’en adviendra-t-il ? Il serait ainsi difficile de ne pas relever l’enjeu que représente la sous-occupation d’une part non négligeable du parc bâti, alors que de nombreuses familles et personnes isolées ne trouvent pas de logement. Considérer cette sous-occupation permet en effet une offre potentielle de plus de 8000 logements.

Mettre en corrélation ces enjeux permet donc d’entrevoir des opportunités pour repenser l’offre de logements à la lumière des enjeux d’optimisation spatiale et d’accessibilité au logement. Il ne s’agit pas de s’arrêter à ces quelques chiffres et imaginer un « simple transfert » , mais bien d’envisager comment des vécus peuvent se rencontrer et les solutions émerger à la faveur de toutes et tous.

Pour aborder ces enjeux, comprendre comment se réfléchit le choix résidentiel à ces âges s’est imposé à nous : écouter pour comprendre, discuter pour saisir les dimensions dont relève ce choix. On le pressent, si engager la conversation de la mobilité résidentielle avec des trentenaires est commun, le faire avec des aîné·es semble moins aisé. C’est embarquer un passé et projeter un devenir lourd de signification. Pourtant, nos rencontres ont montré combien ce sujet occupe, mobilise certains alors que d’autres procrastinent, voire sont dans le déni. Puis, il y a tous ceux qu’on ne voit pas, que l’on n’aura pas eu l’occasion d’entendre. Gageons que les groupes rencontrés aient été leur porte-parole.

Dix vérités

On vous emmène pour un tour d’horizon en dix « vérités » collectées lors de ces cinq rencontres pour dévoiler les sujets qui questionnent le « comment habiter ses vieux jours » et cheminer vers un choix résidentiel. Une chose est d’emblée à relever : si penser son logement à 65 ans et plus se fait à l’échelle individuelle, il est impératif de le penser à une échelle plus large, d’embrasser les défis sociétaux : cheminer du penser seul au penser commun. Il est tout autant nécessaire de changer notre regard sur le vieillissement, embrasser pleinement ces étapes de la vie.

1. La santé est un déclencheur de changement

Un accident, une santé qui vacille et c’est la question de l’autonomie qui vient au-devant de la scène et, avec elle, celle du logement et de l’accompagnement. À cela s’ajoute la question de l’isolement. Lorsque on parle de santé, il s’agit de distinguer la santé physique, psychique et cognitive. Les différents témoignages révèlent à la fois ce facteur comme prépondérant, mais souvent aussi comme facteur de basculement.

2. Le logement s’adapte, se module : concevons le ainsi !

Premier réflexe : adapter son logement. Installer une rampe, revoir la configuration des pièces… dans bien des cas, cela suffit pour répondre aux besoins d’une mobilité qui diminue. Il peut aussi être envisagé de n’occuper qu’une partie du logement et partager le solde avec d’autre(s) personne(s) : intergénérationnel, cohabitation entre pair·es ou cohabitation intra-familiale.

3. Des capacités d’agir différentes selon le statut de propriété

L’accès et l’évolution du logement se réfléchit et se projette différemment que l’on soit locataire ou propriétaire. C’est évident. Le statut ouvre le champs des possibles en termes de mobilité résidentielle qui sont variables et qui doivent nous interpeller sur les politiques publiques de logement afin de garantir le droit fondamental à un logement décent, d’offrir les conditions pour développer une palette de solutions à la hauteur de la variété des besoins, des désirs et des capacités, ou encore d’encourager la valorisation du parc bâti privé.

4. La capacité financière modèle les choix

Le nerf de la guerre, a-t-on l’habitude de dire… Il s’agira de distinguer à l’échelle individuelle les avoirs financiers, la disponibilité de ces avoirs (pensons au capital immobilier détenu, mais difficilement mobilisable) et l’accès aux formules d’emprunt. Notons par exemple qu’il existe des formules d’anticipation pour disposer d’avoirs de son vivant, tel le viager ou une mise en gestion par une AIS. À cela s’ajoute, pour les projets d’échelle collective, la manière de rassembler un capital et les formes juridiques adéquates pour gérer celui-ci par le groupe. La question financière induit également les enjeux liés à la filiation et ayants-droits. En termes de montage de projets, les solutions permettant de scinder le foncier et l’immobilier permettent d’envisager des formules plus abordables, bien que celles-ci restent plus complexes à mettre en place et peu répandues aujourd’hui.

5. Détenir et léguer demande d’être stratège !

Mobilité résidentielle rime dans de nombreux cas avec gestion d’un patrimoine immobilier. Une histoire complexe, un vocabulaire aride, des enjeux financiers, et parfois un contexte familial délicat. Un équilibre incertain vacillant entre tabou et attitude froidement décomplexée. Il s’agira ici aussi de « penser plus tôt à plus tard » et faire des choix pour valoriser son patrimoine au moment propice avec les personnes que l’on souhaite. Différentes solutions existent : donations et autres. Établir cette stratégie demande d’être épaulé, assurément.</p

6. Projeter un lieu pour découvrir tout son potentiel : peut-être n’a-t-on pas penser à tout ?

Une maison divisée en 2 ou en 4, agrandie, démolie et reconstruite, un autre logement dans le jardin, une parcelle divisée… et j’en passe. On ne soupçonne pas toujours tout le potentiel du lieu que l’on habite. Et pourtant, ce potentiel peut ouvrir la voie vers des formules résidentielles qui répondent à des besoins variés : vie collective, valorisation financière… Projeter ses vieux jours et projeter une transformation de son lieu de vie peuvent se combiner. Des limites s’imposeront, sur le plan urbanistique, paysager ou encore d’acceptabilité sociale. Ces limites devront être dépassées. Le tout est de trouver la manière de projeter collectivement ce devenir. Un chemin de croix aujourd’hui pour certains, il faut le dire.

7. Habiter un lieu, habiter le quartier

Tout commence et tout revient à cela : se loger et habiter : l’abri et le lieu. La santé et le bien-être sont dépendants des trois environnements qui façonnent nos quotidiens : un environnement fonctionnel (accès aux commodités : commerces, soins…), un environnement social (nourrir les liens avec les autres) et un environnement physique et naturel de qualité (vues, quiétude, nature, animation…).

8. Trois clés pour concevoir et décider des projets justes : le temps, le dialogue et l’innovation

Concevoir un projet, décider d’aller vers un autre lieu demande du temps : un temps de mobilisation, d’information, de maturation, de décision et d’action. Cela demande aussi un dialogue à initier, nourrir, rendre fructueux, renouveler. Un dialogue entre parties prenantes, des négociations aux désaccords. En trame de fond la nécessité de projeter un avenir à la hauteur des enjeux sociétaux et territoriaux et développer une culture de projets de l’innovation et de l’expérimentation.

9. Et si finalement, se mettre en projet était l’élément le plus précieux ?

Est-ce la complexité, les moyens, la difficulté d’accès à l’information ou est-ce un sentiment de sous-légitimité ou une soi-disant incapacité véhiculée ou plus fondamentalement l’appréhension de la fin de vie …sans doute un peu de tout cela à la fois. Quoiqu’il en soit, les partages dont nous faisons ici écho montrent cette difficulté d’anticiper et de se projeter. Un voile, un brouillard. On se détourne pourtant conscient qu’il y a quelque chose à faire. Et si la capacité de se mettre en projet était l’élément le plus précieux ? l’élément à nourrir et ré-enchanter ?

10. Continuons à partager l’information !

Mieux connaître les différents configurations résidentielles et leurs modes de fonctionnement, mieux connaître les possibilités offertes pour valoriser un bien, démystifier les chemins pour élaborer des projets novateurs… le besoin d’information est apparu de manière évidente lors de ces rencontres. Une mission d’intérêt général qui doit continuer à être relevée par les acteurs et actrices de la société.