La fonction commerciale est essentielle à la vitalité de nos quartiers et de nos villages. Elle rythme nos quotidiens et qualifie nos paysages. Les modifications législatives que l’on connait vont permettre aux communes de mieux s’emparer de ces enjeux. L’occasion pour les Maisons de l’urbanisme de Wallonie de questionner cette fonction du territoire en pleine mutation. Un webinaire était organisé le jeudi 13 juin 2024. Ce premier rendez-vous en appellera d’autres durant cet automne. Bref tour d’horizon des réflexions partagées avec nos sept intervenants présents devant les quelque 130 participants à cette matinée.

Des constats

Un appareil commercial en panne : un constat qui s’impose, selon Guenaël Devillet, directeur du Segefa. Jusqu’il y a peu, la tendance s’énonçait comme suit : une surproduction de m2 commerciaux, une baisse du nombre de points de vente ; le tout en défaveur de la vitalité des centres, qu’ils soient urbains ou ruraux. Si ce constat reste globalement le même, on nuancera avec quelques faits marquants : un stock immobilier en baisse traduisant une reconversion spontanée des espaces qui s’opère (dans les centres surtout, crise du logement oblige), une vacance qui stagne, voire augmente, et une nette progression de l’e-commerce se traduisant spatialement par l’augmentation des points de collecte et les lieux de dépôt. Le tout s’accompagne de km parcourus sur nos routes.

Un appareil commercial en panne donc. Au mieux, un situation qui stagne. Un commerce qui semble faire fi des défis environnementaux à en voir la consommation énergétique des centres commerciaux traditionnels et la somme des distances parcourues, nous rappelle Samuel Deprez, professeur à l’Université du Havre. Un commerce qui s’émancipe de l’intensité des territoires, valeurs qui fut son principal fondement depuis toujours.  Un commerce en transition, qui tente aussi de se renouveler, nous rappelant sa faculté d’adaptation. Une élasticité pourrait-on dire aussi.

La ligne de conduite du changement

Les adoptions des SDT et CoDT marquent un tournant. Le défi : passer de la logique axée sur la prédominance de la dimension économique à une logique d’aménageur. C’est-à-dire une mise en œuvre du développement territorial durable rencontrant de manière équilibrée les objectifs d’intensification des centralités, d’optimisation spatiale, de protection des ressources, de mobilité durable, de développement socio-économique et de qualité de cadre de vie. Rien que ça. 

Pour prendre ce tournant, deux leviers sont activés nous énonce Camille Lhote, directrice de Up-City. Un : renforcer l’autonomie des collectivités locales pour la délivrance des permis d’urbanisme avec volet commercial en étant doté d’une stratégie territoriale en matière de commerce. Deux : définir des critères pour guider la décision en matière d’implantation commerciale : la localisation, la taille, la typologie du commerce. Pour asseoir ce mode de faire, il est nécessaire dès aujourd’hui de connaître plus finement la situation de l’appareil commercial local et les comportements d’usages, mettre en place les monitorings nécessaires à l’observation de l’évolution de la fonction commerciale dans la dynamique de territoire.

Des réalités contrastées pour relever un même défi

Cœurs urbains, centres bourgs, rues commerçantes en milieu villageois ou commerces dispersés en milieu rural, une diversité de contextes s’exposent en Wallonie. Avec elle, un panel d’enjeux : l’accessibilité des cellules liée à la disparité des loyers, la complémentarité des catégories de commerces en hyper centre urbain, le rééquilibrage centre-périphérie dans des configurations périurbaines sont parmi les exemples exposés par Pierre Foucart (ShopinCharleroi) et Gilles Bourgoignie (Redevco). On ajoutera l’enjeu omniprésent de la reconversion des bâtiments où s’initient des programmes mixtes menés en partenariat. À côté de ces configurations spatiales qui questionnent les dynamiques d’animation économique en milieu dense, c’est tout le spectre des mises en réseaux qui est partagé par Philippe de Patoul, tête de proue du Réseau Paysan, et Ghislaine Gevenne du Greova (Groupement Régional Économique Ourthe-Vesdre-Amblève). Ces deux intervenants ont illustré la recomposition du tissu commercial en milieu rural avec à la clé deux fondamentaux : les logiques partenariales à renouveler et les défis d’une organisation logistique plus durable. On notera que ces valeurs sont transversales aux quatre acteurs de terrain rencontrés lors de ce webinaire. Des défis qui résonnent face aux transitions sociétale, écologique et territoriale à l’œuvre, comme nous le rappelle Samuel Deprez. 

La prochaine étape nous mènera à l’organisation d’ateliers-table ronde par chaque Maison de l’urbanisme au sein de leur territoire d’action. Trois axes seront développés : la diversité des contextes territoriaux, le décodage des dynamiques à l’œuvre et les enjeux de la concertation des acteurs. Rendez-vous en décembre pour apprendre des enseignements que ces rencontres auront permis de mettre en exergue.