Le 14 avril, près de 600 participant·es se sont pressés à la Sucrerie de Wavre à l’occasion du 19e colloque de la CPDT, la Conférence Permanente du Développement Territorial. Dans la salle, des chercheurs, des représentants des administrations régionales et communales – cette journée inaugure la formation continue que les conseillers en aménagement du territoire et urbanisme (CATU) doivent suivre annuellement –, de rares élus, différents professionnels du secteur et, bien sûr, les Maisons de l’urbanisme de Wallonie.

Au programme, un levier d’optimisation spatiale désormais indissociable des stratégies territoriales : les friches. Et, à travers elles, la manière de les dénombrer, de les caractériser, et d’y mener divers projets de réaffectation ou de renaturation.

L’illusion du vide

À l’échelle de la province, si l’on devait questionner les Brabançon·nes sur la présence de friches dans leurs villes, villages et hameaux, il est à parier que les réponses se limiteraient à de rares exemples, et sans doute ceux que l’histoire a imprimés dans la mémoire collective : les forges de Clabecq, les usines Henricot, les Bétons Lemaire peut-être, voire Tudor à Florival. Pas davantage, et très probablement pas de quoi répondre massivement aux objectifs wallons de réindustrialisation pointant un besoin de 1.500 hectares à libérer à cet effet.

D’ailleurs, en prenant comme limite inférieure une surface de 5 hectares, la carte pointant les sites potentiels identifiés par la CPDT comme friche à valoriser pour la réindustrialisation passe carrément – ou presque – outre le Brabant wallon.

Est-ce à dire qu’il n’existe pas de friche chez nous ? Non. Et les interventions du panel d’acteurs et actrices invité·es pour l’occasion à s’exprimer ont permis de nuancer grandement cette notion de friche. Car, à côté des friches industrielles, il faut aussi citer les friches commerciales, ferroviaires, agricoles, résidentielles, touristiques, hospitalières, artisanales, religieuses…

Un urbanisme de régénération

L’identification précise de ces lieux exige une analyse fine. Ce travail de recensement, concerne l’ensemble des territoires. Cette granulométrie détaillée doit désormais nourrir les stratégies d’optimisation spatiale des SDC pour favoriser un urbanisme de régénération, également appelé urbanisme circulaire.

Loin d’être la voie de la facilité, cette approche privilégie le lien et la reliance : elle invite à retisser le liens à l’histoire des lieux, à la collectivité, à l’économie locale, tout en nous interpellant sur notre capacité humaine à gérer nos héritages.

De nombreux sites bénéficient d’une localisation stratégique, idéale pour restructurer le tissu urbain, dynamiser l’économie ou réactiver la vie socioculturelle. Ils offrent également l’opportunité de ramener la nature dans nos espaces de vie pour réguler l’eau et la chaleur. L’approche contextuelle permet de projeter les vocations de ces lieux. Parfois, la renaturation devra s’imposer pour réparer les sols et effacer les stigmates du passé.
Toutefois, mobiliser ces sites et bâtiments hérités requiert une ingénierie qui doit encore trouver ses propres modèles économiques et modes de gouvernance. À cet égard, cette journée a mis en lumière des exemples inspirants : du rôle des services-conseils aux montages fonciers innovants, en passant par l’engagement politique local ou l’occupation temporaire, véritable outil pour « habiter le temps » et tester le potentiel des lieux.

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