Le logement, un besoin fondamental pour tous dont les formes évoluent et qui ne cesse de susciter de nombreuses questions, tant il est central dans nos politiques, à la croisée de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme et de l’habitation durable.

Comment avancer pour répondre aux besoins et défis qui se présentent, dans un contexte de recentrage indispensable de l’urbanisation ? Face aux réalités multiples, comment penser le logement alors que le choix est de plus en plus complexe à poser et que son accès n’est plus garanti ? Comment permettre à différentes manières d’habiter de se développer harmonieusement en intégrant le bâti existant ?

Voilà quelques questions que nous avons explorées, le temps d’une après-midi et d’une soirée ce 20 mai 2026. Une journée dont l’ambition était de revisiter les fondements de notre rapport au logement et faire converger les choix résidentiels individuels avec le défi collectif d’un territoire inclusif.

La journée organisée en deux étapes aura finalement vu succéder trois temps :

  • Le temps des exposés pour cerner les enjeux sociologiques, démographiques, socio-économiques, territoriaux et financiers et déjà mettre en avant des pistes pour envisager des solutions ;
  • Le temps des échanges informels, des liens et de la convivialité ;
  • Et, the last, but not least !, le temps des témoignages, des retours d’expériences et des solutions. Architectes, aménageurs, sociologues, constructeurs, développeurs, services publics et habitants venus, chacun, apporter leur regard pour façonner les « sur-mesure » dont on a besoin.

Une après-midi pour cerner les enjeux

L’après-midi a vu se succéder quatre interventions après une introduction assurée par Bénédicte Dawance, coordinatrice de la Maison de l’urbanisme du Brabant wallon, qui mettait en avant les défis individuels et collectifs liés à la production de logement et l’importance de penser le logement dans la perspective d’un renouvellement des communs.

Une première intervention, assurée par Emmanuelle Lenel, sociologue, a posé les fondements de la réflexion sur « l’habiter » aujourd’hui, sur la diversité et la complexité de nos rapports au logement. Elle a abordé les nouvelles formes d’habitat qui ont pu naître ces dernières années et a mis en perspective ces expérimentations au départ d’observations de pratiques habitantes.
Brossant une série de faits majeurs à l’origine de nos changements de modes de vie, Emmanuelle Lenel questionne les manières d’habiter à la fois au travers des formes en expérimentation, mais aussi de la capacité de traduire dans le quotidien les imaginaires collectifs « du bon vivre ensemble » ou encore l’équilibre à trouver pour limiter les formes « d’entre-soi ».

La deuxième intervention, assurée par Marie-Caroline Vandermeer, responsable de la cellule du développement territorial à la Province du Brabant wallon, a fait état des dernières évolutions démographiques en Brabant wallon et d’une étude menée croisant la typologie des ménages et le parc bâti. Ici, plusieurs messages ont été relevés : le Brabant wallon a ralenti sa croissance démographique, mais ce n’est nullement le cas de la croissance des ménages. Les besoins en logements évoluent avec plusieurs variables fondamentales : un parc de logement sous-occupé, une population vieillissante demeurant à domicile et une carence de plus en plus marquée en jeunes ménages. De quoi planter le décor pour la réflexion sur les politiques à mener.

La troisième intervention a fait état du travail mené par le Groupe d’observation pour l’accès au logement (GOAL-BW). Il visait à rassembler les données disponibles permettant de saisir la situation en matière d’accès au logement en BW et mettre en avant les inégalités en cette matière. La présentation a été assurée par Jérôme Vanstalle, membre du Relais social du BW (RSBW) et co-auteur de ce recueil. Ici, les constats mettent en avant les inégalités socio-économiques que les statistiques générales invisibilisent. Il est ici question des fragilités socio-économiques que les politiques territoriales doivent pleinement considérer.

La quatrième intervention, assurée par Loïc Géronnez d’Idea-Consult, est venue poser les jalons d’une action politique en faveur du logement abordable et des conditions de son opérationnalité. Un vaste chantier, qui n’en est qu’à ses prémices, mais qui aura retenu toute l’attention, tant l’enjeu de l’abordabilité est devenu crucial et doit à présent influer sur les politiques territoriales. C’est maintenant que les solutions doivent émerger.

Enfin, la séance de l’après-midi a été clôturée par Sophie Keymolen, députée provinciale, présidente de la Maison de l’urbanisme du Brabant wallon, venue rappeler son soutien à l’action de la Maison de l’urbanisme.

Une soirée entre témoignages et partages d’expériences

Place aux retours d’expériences lors de cette soirée où plusieurs tables-ronde ont été organisées. Retour d’expériences, regard d’un professionnel du logement et mise en perspective ont alimentés les discussions autour de trois défis :

  • Comment le logement peut-il être pensé ou devenir évolutif ?
  • Comment renouer les interactions entre le logement et son environnement ? Comment sortir du cloisonnement dans lequel il se mue depuis des décennies ?
  • Comment articuler les choix individuels et collectifs en matière de logement ? Comment garantir un territoire où cette négociation reste envisageable pour tous et que le logement redevienne accessible pour tous ?

Pour explorer ces questions, professionnels et citoyens étaient autour de la table.
Xavier Van Royen, architecte au sein du bureau d’architecture OPEN A, et docteur en histoire et théorie de l’architecture contemporaine est venu partager ses réflexions sur les défis et solutions en matière d’espaces flexibles, adaptables et singuliers. Sujet qui fut au cœur de sa thèse développée sur « l’architecture indéterminée ».

Philippe Hébert, ingénieur et formateur low-tech, actif au sein de la coopérative Hellow est venu partager le savoir-faire et les recherches menées par l’équipe sur l’habitation modulaire, démontable, low-tech. On passe ici de la volonté de démystifier cette autre manière d’habiter à la nécessité d’intégrer cette démarche comme solutions structurelles au défi du logement.

Michel Villani du groupe Thomas & Piron a exposé le concept de la « maison évolutive », une maison conçue pour grandir et s’adapter aux besoins évolutifs des résidents. Il a ainsi montré comment le marché immobilier s’empare de cet enjeu sociétal.

Nicolas Van den Steen, agent communal du Logement, coordinateur de projet de développement durable, de participation citoyenne et encore de la transition numérique pour la commune de Walhain, a partagé son regard à 360° sur l’appréhension du logement en ruralité. Il observe avec enthousiasme que le « 10ares Tuyas » n’est plus la norme et laisse place progressivement à des formes de sociabilité plus engageante et avec elles de nouvelles manières d’habiter. Tout n’est pas rose pour autant au pays du blé et le devoir des politiques publiques est d’assurer les conditions pour que la vitalité des villages puisse continuer de se renouveler.

Jean Fred Lambert, architecte et urbaniste, membre du collectif d’architectes de La Verte voie, a exploré avec nous les défis d’une architecture intégrée à une géographie physique et sociale. Les projets discutés montrent des solutions spatiales mêlant ouvertures au collectif et soin de la bulle privative au départ de ce qu’offre le quartier. Et de souligner le rôle majeur de la conception des espaces semi-publics et semi-privés comme lieu de la convergence et de scénographie du collectif.

Marie Roosen nous est venue avec son expérience en tant que professeure en sciences humaines et sociales en faculté d’architecture et en tant qu’habitante. Sa pratique l’a amenée à questionner les articulations entre les champs de l’architecture, de l’urbanisme et des sciences humaines. Elle nous a relaté avec minutie la délicatesse des relations humaines comme posture pour concevoir l’habiter, loin des modèles préconçus qui ne pourraient par simple transposition suffire à définir une qualité résidentielle généralisée. Elle nous a invités à renouer avec la poétique de l’espace, à développer une capacité d’écoute pour proposer des socialités sans imposer, pour nourrir les attachements sans artifice.

Karine Denamur, habitante d’Ottignies, à la retraite depuis peu, est venue partager le parcours résidentiel qu’elle a entamé à ce moment clé de sa vie. Elle questionne le logement au départ de son expérience et cherche à sensibiliser son entourage à la question du logement et de l’avancée en âge. Un exemple inspirant de 7 à 99 ans !

Jérôme Vanstalle et Jean Roobaert sont tous deux membres du Relais social du BW. Alors que Jérôme nous rappelait les points clés de l’accès au logement en BW, Jean est venu partager son retour d’expériences de la cellule « capteur logement » qui consiste à chercher des biens immobiliers dans le parc privé pour le mettre en disposition d’un public généralement défavorisé en matière d’accès au logement. Si trouver un propriétaire prêt à mettre à disposition son bien était il y a peu un défi, les choses sont aujourd’hui bien plus aisées. Preuve que la formule est convaincante !

Cédric Harmant, architecte, attaché au SPW territoire à Wavre, aux côtés de la fonctionnaire déléguée, a quant à lui appuyé le rôle de conseil des services régionaux pour les communes en vue notamment de l’élaboration de stratégies de territoire traduisant les axes de la politique régionale et ancrées aux réalités locales.