La ville a-t-elle un genre ?
La question peut sembler étonnante, voire incongrue, pourtant de plus en plus d’études se sont penchées sur la place de la femme dans l’espace public.
Qu’est-ce qu’une vision genrée de la ville ? Cela concerne-t-il aussi nos villages ? Comment la question du genre peut-elle être prise en considération dans les politiques d’aménagement et améliorer le cadre de vie de l’ensemble de la population ? Et si décoder le territoire avec un regard au féminin était une clé pour façonner un territoire inclusif ? La Maison de l’urbanisme du Brabant wallon en débattait avec ses invité·es lors des 20 heures de l’urbanisme organisées à Tubize le 11 mars 2025.
Les intervenantes
- Sylvia Pygarella, chargée de projet F+ Féminins +rielles au Centre culturel de Tubize
- Bénédicte Dawance, coordinatrice de la Maison de l’urbanisme du Brabant wallon, introduira les notions liées à la multiplicité des regards à croiser quand il s’agit d’espace public
- Lise Lopez, architecte, collaboratrice au sein de l’asbl ERU (Études de Recherches Urbaines) – spécialisée en urbanisme opérationnel et durable. Lise a acquis une expertise auprès des publics moins visibles : processus participatifs, élaboration de recommandations et formation pour sensibiliser et outiller les services communaux aux questions de genre et d’inclusion, le tout dans le but de développer des projets urbains toujours plus égalitaires et inclusifs.
L’apport d’un regard féminin
Et si on faisait un pas de côté pour observer nos espaces publics, questionner nos représentations du territoire au départ d’un regard féminin ?
Bien au-delà de la question du genre, la soirée nous a permis de voir comment l’aménagement et l’activation des espaces (à usage) publics peuvent davantage être inclusifs. C’est entre autres ce que l’approche genrée du territoire nous invite à observer et mettre en pratique.
Et pour parler de ces sujets, nous avons découvert une série de démarches et de projets qui ont questionné, testé et amené des avancées substantielles en faveur d’un espace et d’une société plus inclusifs. Loin des discours exacerbés, c’est ici l’intelligence de l’écoute des besoins et des réponses apportées qui sont à l’honneur. Bref, des solutions ancrées, qui se veulent résolument efficaces, ici et maintenant.
Pour explorer le sujet : deux interventions et un atelier in situ. Parce que rien de tel que de se mettre « dans la peau de » pour mieux comprendre et mieux en parler.
Pour débuter cette soirée, la présentation de Bénédicte Dawance, urbaniste et coordinatrice de la Maison de l’urbanisme du Brabant wallon, a posé le cadre : les définitions de l’espace public et les principaux enjeux qui se posent aujourd’hui sur le plan urbanistique et socio-politique, les types d’espace public, la diversité des usages et usagers pour terminer par la mise en évidence des fonctions de l’espace public : se déplacer, desservir, séjourner. Et dans cette approche globale, une mise en exergue des vulnérabilités des publics et l’importance d’assurer l’accessibilité universelle des espaces : une nécessité pour eux et un confort pour tous.
Lise Lopez, architecte au sein de l’ERU, a poursuivi la soirée en exposant l’expérience acquise par ces praticiens disposant d’une longue expérience. Avec un point de départ : l’évolution d’un urbanisme fait par et pour les hommes vers un urbanisme inclusif. On est sur le chemin, mais la ligne d’arrivée n’est pas atteinte. Sur ce chemin : des militant·es, des chercheurs et chercheuses, des praticien·nes… mais aussi de la résistance. À l’aide de quelques chiffres, elle l’aura démontré avec éloquence.
Son discours nous a montré, exemples inspirants à l’appui, comment mettre en pratique cet urbanisme inclusif dans nos espaces, nos équipements publics, au sein des cours de récréation…
Adèle Jacot, membre du collectif des « habitant·e·s des images » a ensuite introduit notre atelier en expliquant l’outil pédagogique créé à l’occasion d’un projet de revitalisation urbaine : « toutes dans la rue ! ».
Cet outil d’animation a ensuite été exploré par les participant·es avec, comme terrain de jeu, l’espace devant le Centre culturel. Végétaliser, créer de la luminosité, désencombrer l’espace public, animer les murs aveugles, valoriser le potentiel des espaces avec et pour les enfants de l’école riveraine, travailler les cheminements au départ des lignes de désir, mais aussi rappeler que si les droits de tous les usagers et usagèressur l’espace public est essentiel, il est aussi important de respecter les devoirs et responsabilités de chacun·e pour assurer un vivre ensemble et le soin du bien commun.



