Dans la continuité des formations proposées en 2023 sur le Référentiel wallon relatif aux constructions et aménagements en zone inondable, nous avons organisé une journée de formation/visite sur le deuxième référentiel édité par la Wallonie portant sur la Gestion durable des eaux pluviales. La formation était dédiée aux Communes, CCATM, aux professionnels de l’aménagement et toutes autres personnes intéressées par le sujet.

Au menu de cette journée : la découverte du référentiel wallon, de la stratégie bruxelloise en matière de gestion des eaux pluviales, mais aussi des projets entrepris en Brabant wallon et une visite de terrain sur la commune de Forest. L’occasion de prendre connaissance de tout le travail accompli par les différentes instances depuis plusieurs années, y voir les convergences, découvrir les résultats inspirants et rappeler la nécessité de poursuivre dans cette voie.

Tour d’horizon d’une journée riche en savoirs et en découvertes

Quelques faits et chiffres pour rappeler, si cela est encore nécessaire, l’importance de prendre soin de la ressource « eau ». Tantôt ange, tantôt démon, l’eau est une ressource rare que nos habitudes de consommation malmènent. Aujourd’hui, le cycle de l’eau est brisé. Conséquences : sols asséchés, imperméabilisés, ruisselants et effets amplifiés des violentes pluies et du réchauffement. Résultats : ruissellements accrus, inondations et ilots de chaleur.

Le référentiel wallon sur la Gestion durable des eaux pluviales

Le référentiel wallon sur la Gestion durable des eaux pluviales a été parcouru en énonçant les principes et en faisant le focus sur les principales balises, le tout en ayant rappelé les divers textes de référence au niveau européen et régional.

Rappelons ces principes :

  • Retenir et infiltrer les eaux de pluie afin de limiter la production de ruissellement
  • Intégrer la gestion de l’eau de pluie comme élément de composition architecturale, paysagère et urbanistique
  • Protéger l’environnement et les nappes d’eau souterraine des risques de pollution

Le référentiel propose un panel de solutions techniques définies en 14 balises, organisées selon 4 stratégies : évaluer, éviter, atténuer ou compenser le risque.

referentiel gestion des eaux pluviales

  1. ÉVALUER
    Y sont abordés ici les besoins du projet en termes de volume d’eau à gérer en intégrant les éventuelles zones à risque en matière d’infiltration et l’évaluation de la perméabilité du sol. On insiste aussi sur l’importance de consulter les instances d’avis en phase de conception de projet.
  2. ÉVITER
    Éviter ou limiter dans la mesure du possible l’imperméabilisation des sols et les impacts en aval du projet est la première stratégie à avoir. Il est aussi question de ne pas saturer le réseau de collecte et d’égouttage et d’éviter tout rejet de polluants dans l’environnement.
  3. ATTENUER
    Si éviter s’avère insuffisant ou peu efficient, il s’agira de mettre en place des dispositifs à ciel ouvert ou enterrés au sein des infrastructures qui permettent d’infiltrer ou de retenir les eaux à la parcelle. Le modelage du relief accompagné de plantations pour ralentir le ruissellement est également recommandé dans certains cas.
  4. COMPENSER
    Des mesures compensatoires peuvent être prises à l’échelle de la parcelle ou du bassin versant. Il s’agit de compenser les débits issus des surfaces dont l’imperméabilisation ne peut être évitée. Pour se faire, selon les cas, il est proposé de désimperméabiliser les zones imperméables ou de mettre en place des mesures visant à réduire l’impact du projet en termes de gestion des eaux pluviales.

À noter aussi : le référentiel présente également 10 fiches techniques illustrées détaillant des ouvrages hydrauliques qui peuvent être mis en place à ciel ouvert ou enterrés. Des explications en termes de conception, réalisation et entretien y sont étayées.

Une action générale ‘résilience climatique’ à Bruxelles

Le contexte wallon a laissé place ensuite au contexte bruxellois avec la présentation de François Mayeur, expert à Bruxelles-environnement. Ce dernier assure le suivi du plan de gestion de l’eau en Région de Bruxelles Capitale. Il nous fait part de la stratégie et des actions mises en œuvre à Bruxelles en matière de gestion intégrée des eaux pluviales. Le contexte fortement urbanisé de Bruxelles influence grandement la stratégie en matière de gestion des eaux pluviales : une évapotranspiration réduite presque de moitié, un ruissellement jusqu’à six fois plus important, des inondations dues au ruissellement direct et au refoulement des égouts (et non au débordement), ou encore la problématique des ilots de chaleur très prégnante.

Quatre axes de résidence climatique sont priorisés dans le plan de gestion de l’eau 2022-2027, preuve d’une approche globale en la matière :

  • Un axe quantitatif : réduire un maximum les risques d’inondation, viser le « zero rejet » à l’échelle des projets
  • Un axe qualitatif : améliorer la qualité de l’eau en maximisant l’infiltration
  • Axe végétalisation : ramener de la biodiversité en ville et accroître les services écosystémiques
  • Axe cadre de vie : présence d’eau, d’espaces verts et de fraîcheur intégrée dans les projets

Des actions en faveur d’une végétalisation urbaine sont entreprises au sein des espaces publics entre autres (jardin de pluie), combinées le cas échéant avec d’autres actions de retenue des eaux comme des sous-sols stockants.

Pour mettre en œuvre cette stratégie sur le domaine public et privé, la Région bruxelloise met en place des outils pour coordonner, accompagner, former et financer les acteurs. On retiendra en autres le « facilitateur eau » (composé de deux bureaux d’études spécialisés dans la GEP) présent pour appuyer les demandeurs de permis publics ou privés, jusqu’à la mise en œuvre des projets.

Le « zero rejet » est une ambition nourrie par Bruxelles Environnement, qui étudie actuellement le potentiel de déconnexion de certaines zones.

Wavre se retrousse les manches !

Place ensuite à la découverte des actions entreprises par la commune de Wavre. Jérome Dheygere, hydrologue en poste depuis les inondations, nous expose les chantiers entrepris.
Wavre, territoire fortement artificialisé (41% vs 10,9% pour la moyenne wallonne), a largement subi les inondations de l’été 2021. La ville développe une approche globale : engagement d’un hydrologue et d’un planu (responsable planification urgence), mise en place d’un groupe de travail opérationnel et lancement d’un diagnostic hydrologique. S’en suit la réalisation d’une étude de faisabilité pour l’aménagement de zones d’immersion temporaire (celle-ci viendra utilement étayer l’étude globale prochainement menée sur l’ensemble de la Dyle), mais aussi des études de gestion de l’eau par quartiers. La déminéralisation du centre-ville de Wavre a d’ores et déjà commencé d’ailleurs ! La commune est aussi appuyée par le Brabant wallon qui a mis en place une centrale de marchés pour la réalisation de bassins d’orage.

La commune se veut exemplaire pour les projets émergents en imposant un traitement des eaux pluviales optimal à la parcelle (temps de retour au-delà de 25 ans, débits de fuite en deçà des valeurs recommandées). Les toitures vertes sont également encouragées.

Et ce n’est pas tout ! Des primes communales préventives et curatives sont accessibles pour les citoyens. Autant d’initiatives en faveur de la réintégration de l’eau dans l’espace urbain et de lutte contre les inondations.

Forest, l’exemplarité démontrée…

La deuxième partie de journée est consacrée au territoire Forestois. La commune applique depuis près de 15 ans une politique volontariste en matière de gestion intégrée des eaux pluviales. Forest fait ainsi figure de bon élève en la matière à Bruxelles ! Touchée par les inondations depuis plusieurs décennies, la commune s’est dotée, il y a une dizaine d’années, d’un plan communal de lutte contre les inondations et d’un Règlement Communal d’Urbanisme en matière de gestion des eaux pluviales. En 2017, une étude hydrologique a permis de proposer des solutions alternatives en cas de fortes précipitations. De nombreuses réalisations ont ainsi vu le jour. Premier de la liste de ces réalisations : le square Lumière. Il a servi de projet pilote par la déconnexion de deux avaloirs et d’une végétalisation de l’espace sans exutoire et ça fonctionne ! Les projets se poursuivent alors avec le Tracé de l’eau et le Square Bia Bouquet et puis le quartier des Huileries. Les maitres mots ici : tester, oser l’innovation, viser l’exemplarité et monitorer. Un exemple à suivre, assurément.