En 2024, les Maisons de l’urbanisme de Wallonie ont consacré deux webinaires à l’attractivité des centres et aux dynamiques commerciales. Le premier, intitulé « Le commerce, des réalités contrastées pour relever un même défi » était organisé le 13 juin. Le deuxième s’est tenu le 3 décembre. Il proposait une synthèse des enseignements tirés des rencontres menées durant l’automne avec un panel d’acteurs. C’était aussi l’occasion d’être nourri·es des expériences flamande et bruxelloise et de voir où se situe la réflexion ici, en Wallonie.

Ci-après, un tour d’horizon des réflexions partagées lors de ces deux conférences qui ont réuni plus de 200 personnes. Retrouvez également leur enregistrement et les présentations ci-contre.

13 juin 2024 : Webinaire « Le commerce, des réalités contrastées pour relever un même défi »

Des constats

Un appareil commercial en panne : un constat qui s’impose, selon Guenaël Devillet, directeur du Segefa. Jusqu’il y a peu, la tendance s’énonçait comme suit : une surproduction de m2 commerciaux, une baisse du nombre de points de vente ; le tout en défaveur de la vitalité des centres, qu’ils soient urbains ou ruraux. Si ce constat reste globalement le même, on nuancera avec quelques faits marquants : un stock immobilier en baisse traduisant une reconversion spontanée des espaces qui s’opère (dans les centres surtout, crise du logement oblige), une vacance qui stagne, voire augmente, et une nette progression de l’e-commerce se traduisant spatialement par l’augmentation des points de collecte et les lieux de dépôt. Le tout s’accompagne de km parcourus sur nos routes.

Un appareil commercial en panne donc. Au mieux, un situation qui stagne. Un commerce qui semble faire fi des défis environnementaux à en voir la consommation énergétique des centres commerciaux traditionnels et la somme des distances parcourues, nous rappelle Samuel Deprez, professeur à l’Université du Havre. Un commerce qui s’émancipe de l’intensité des territoires, valeurs qui fut son principal fondement depuis toujours.  Un commerce en transition, qui tente aussi de se renouveler, nous rappelant sa faculté d’adaptation. Une élasticité pourrait-on dire aussi.

La ligne de conduite du changement

Les adoptions des SDT et CoDT marquent un tournant. Le défi : passer de la logique axée sur la prédominance de la dimension économique à une logique d’aménageur. C’est-à-dire une mise en œuvre du développement territorial durable rencontrant de manière équilibrée les objectifs d’intensification des centralités, d’optimisation spatiale, de protection des ressources, de mobilité durable, de développement socio-économique et de qualité de cadre de vie. Rien que ça. 

Pour prendre ce tournant, deux leviers sont activés nous énonce Camille Lhote, directrice de Up-City. Un : renforcer l’autonomie des collectivités locales pour la délivrance des permis d’urbanisme avec volet commercial en étant doté d’une stratégie territoriale en matière de commerce. Deux : définir des critères pour guider la décision en matière d’implantation commerciale : la localisation, la taille, la typologie du commerce. Pour asseoir ce mode de faire, il est nécessaire dès aujourd’hui de connaître plus finement la situation de l’appareil commercial local et les comportements d’usages, mettre en place les monitorings nécessaires à l’observation de l’évolution de la fonction commerciale dans la dynamique de territoire.

Des réalités contrastées pour relever un même défi

Cœurs urbains, centres bourgs, rues commerçantes en milieu villageois ou commerces dispersés en milieu rural, une diversité de contextes s’exposent en Wallonie. Avec elle, un panel d’enjeux : l’accessibilité des cellules liée à la disparité des loyers, la complémentarité des catégories de commerces en hyper centre urbain, le rééquilibrage centre-périphérie dans des configurations périurbaines sont parmi les exemples exposés par Pierre Foucart (ShopinCharleroi) et Gilles Bourgoignie (Redevco). On ajoutera l’enjeu omniprésent de la reconversion des bâtiments où s’initient des programmes mixtes menés en partenariat. À côté de ces configurations spatiales qui questionnent les dynamiques d’animation économique en milieu dense, c’est tout le spectre des mises en réseaux qui est partagé par Philippe de Patoul, tête de proue du Réseau Paysan, et Ghislaine Gevenne du Greova (Groupement Régional Économique Ourthe-Vesdre-Amblève). Ces deux intervenants ont illustré la recomposition du tissu commercial en milieu rural avec à la clé deux fondamentaux : les logiques partenariales à renouveler et les défis d’une organisation logistique plus durable. On notera que ces valeurs sont transversales aux quatre acteurs de terrain rencontrés lors de ce webinaire. Des défis qui résonnent face aux transitions sociétale, écologique et territoriale à l’œuvre, comme nous le rappelle Samuel Deprez.

Après ce premier webinaire, les Maisons de l’urbanisme ont organisé des ateliers-table ronde au sein de leur territoire d’action. Trois axes étaient développés : la diversité des contextes territoriaux, le décodage des dynamiques à l’œuvre et les enjeux de la concertation des acteurs.

3 décembre 2024 : Webinaire « Attractivité des centres et dynamiques commerciales »

Suite au premier webinaire et aux ateliers-table ronde organisés par chaque Maison de l’urbanisme, le webinaire de ce 3 décembre visait à partager les enseignements issus de ces rencontres. Ce fut également l’occasion d’être nourri·es des expériences flamande et bruxelloise et de voir où se situe la réflexion ici, en Wallonie.

Des enseignements issus des rencontres en ateliers et tables rondes

Les enseignements des ateliers-table ronde ont été compilés en 6 thèmes, montrant sans équivoque la vision intersectorielle que le commerce suppose. Ainsi, ont été tour à tour exposés les constats, enjeux et recommandations portant sur :

  • Les nouvelles pratiques commerçantes :
    📌 On retiendra ceci : face aux mutations impulsées par l’évolution des comportements d’achats, valoriser les territoires et lieux afin de capitaliser sur de nouvelles plus-values
  • L’attractivité des lieux :
    📌 Ce sujet nous rappelle l’importance de mobiliser les espaces commerçants dynamiques mais aussi en déclin de manière différenciée, dans une perspective de mixité fonctionnelle.
  • Les aménagements et gestion urbaine :
    📌 Ces sujets sont du ressort direct des politiques d’aménagement. Ainsi, il s’agit d’agir conjointement sur l’offre commerciale et les aménités de l’espace public afin d’améliorer l’expérience client hors magasin
  • La gestion immobilière :
    📌 Levier essentiel, il s’agit de promouvoir une stratégie globale mais différenciée d’adaptation de la trame immobilière, y compris afin de faciliter l’installation de nouveaux commerces.
  • Les outils de l’Aménagement du territoire et de l’urbanisme :
    📌 Sur ce point, les défis sont de capitaliser les ressources liées à la connaissance et la gouvernance dans une perspective de vision transversale
  • Les acteurs, gouvernance, dialogue :
    📌Ce point met en exergue l’importance de mobiliser les acteurs locaux afin d’optimaliser la gouvernance intégrée.

Conclusion générale et mise en perspective

Parmi les premières conclusions et mises en perspective pour envisager la fonction commerciale dans les stratégies d’aménagement du territoire, on retient :

  • Le commerce est une fonction induite, interdépendante des autres politiques de territoire ;
  • Les outils de l’aménagement du territoire (dont les balises fixées par le SDT) seront d’une aide précieuse, mais auront une portée limitée. Des critères d’analyse et de décision vont s’affiner progressivement ;
  • Les logiques commerciales apportent un savoir-faire pour créer la désirabilité des centralités… capitalisons sur ce savoir ! ;
  • Les leviers d’action pour une dynamique commerciale en centralités sont de diverses natures : ils requièrent la mobilisation des réseaux d’acteurs, une interconnaissance et une information à partager.